LE LOURD DEFI DU FUTUR QUINQUENNAT

Publié le 14 Octobre 2016

Relever la France, c’est ce qu’auront en tête tous les candidats qui se confronteront ce soir sur le plateau de TF1. Et le défi n’est pas mince compte tenu de l’état du pays laissé par cinq ans de gestion à la godille où l’amateurisme l’a disputé à l’incompétence.

Il faudra faire d’abord avec les factures impayées.

On le sait, il y en a pour 12 à 13 milliards (CICE, augmentations des fonctionnaires, etc…) reportées volontairement sur 2018 pour pouvoir présenter un budget 2017 à peu près convenable (en apparence). Il faut y ajouter les aléas d’Areva et d’EDF qu’il faut recapitaliser : 5 milliards. Sans oublier les TGV commandés à Alstom (500 millions) et ce que le gouvernement vient de lâcher aux associations (600 millions).  Et encore faudra-t-il  ajouter les 2 milliards que l’Etat devra rembourser depuis que la loi sur les dividendes a été retoquée. On dépasse déjà les 20 milliards dans la corbeille du nouveau président. Bienvenue !

Il faudra faire avec la lourde facture fiscale.

Le « ras-le-bol » fiscal perdure et à juste titre. Si le « grand soir fiscal » promis pendant la campagne de 2012 n’a  pas eu lieu, l’empilement des mesures a  transformé en profondeur notre fiscalité. Heureusement le projet de fusion IR et CSG a été abandonné, car les classes moyennes qui morflent déjà auraient été encore en première ligne.  Heureusement la taxe à 75% sur les hauts revenus a été liquidée… quand le mal était fait. Mais les mesures se sont accumulées pour compenser. Sans entrer dans le détail, ce qui serait fastidieux, les  prélèvements obligatoires sur les ménages sont passés de 24,18% en 2012 à 25,45% en 2015. Dans le même temps, et grâce au CICE, les entreprises ont vu leurs prélèvements diminuer après avoir augmenté : de 18,96 % à 19,34% puis 18,60 % en 2015. Le transfert de prélèvement s’est fait des entreprises vers les ménages. Tout cela est à apprécier dans un contexte fiscal qui reste globalement en hausse et très inéquitable pour les ménages puisque des efforts d’allègement ont surtout porté sur les premières tranches de revenu par une défiscalisation. Si l’on inclut les impôts locaux, la pression fiscale sur les ménages a augmenté significativement. En même temps les niches fiscales ont été plafonnées et les placements sur les actions et le capital sévèrement imposés. La meilleure mesure reste celle des prélèvements obligatoires : ils sont passés de 43,8% en 2012 à 44,7% en 2015 pour retomber légèrement à 44,5% en 2016 et en 2017.En un mot : les hausses d’impôt ont pénalisé fortement les classes moyennes depuis 2012, d’autant plus que quantité de décisions parallèles concernant les allocations familiales, la majoration de retraite pour famille nombreuse et les emplois à domicile ont apporté leur lot de charges supplémentaires. Les attentes de ces classes moyennes sont énormes !

Il faudra faire avec la confrontation sociale.

La loi El Khomry est un indicateur qu’’il ne faut pas négliger. Certes, la résistance qui s’est manifestée reposait sur un sentiment de trahison.  Mais la capacité de nuisance de certains partenaires sociaux ne doit pas être sous-estimée, d’autant plus que peuvent s’agréger à eux les contestataires de tout poil qui pratiquent volontiers la violence. Il faudra donc s’attendre à des conflits dans la rue bien que tout ait été dit avant. Et les projets qui susciteront leur opposition sont multiples : fin des 35 heures, contre-choc fiscal, coupes dans les dépenses, diminution du nombre des fonctionnaires, sans parler du casus belli des seuils sociaux et du code du travail… Inutile de dire que la gauche en profitera pour se reconstruire dans l’opposition, ce qu’elle sait faire le mieux. Et je n’ai pas évoqué la fin des régimes spéciaux, la  baisse des allocations chômage, la fin de l’ISF …

Il faudra faire aussi avec la conjoncture européenne et mondiale.

Le principal ressort sur lequel compte tous les candidats de la droite c’est la croissance. Tous pensent qu’il suffira de libérer les entreprises et d’alléger leurs charges pour retrouver un rythme de 2% l’an. C’est d’ailleurs la condition nécessaire pour pouvoir réduire les impôts, augmenter les recettes et diminuer le déficit. Encore faut-il qu’elle soit au rendez-vous  ! Le potentiel de croissance de la France se situe actuellement autour de 1% sur le temps long, en raison de la dégradation de son tissu économique et de sa faiblesse technologique, comme le manque de robots par exemple,  ou de sa main d’œuvre (manque de compétences), mais aussi de son vieillissement. Cette difficulté pourrait être aggravée par l’atonie de l’économie mondiale, une conjoncture planétaire qui promet de durer longtemps. Et il y a les taux d’intérêt sur les emprunts qui voient poindre une remontée, et qui exerceront une pression supplémentaire sur des marges de manœuvre déjà très étroites. La droite risque de prendre le pouvoir avec des mesures qui arrivent à contretemps. On voit bien ce qu’elle aurait pu faire avec « l’alignement des planètes ».  On voit aussi ce que l’on peut craindre d’un retournement de contexte : taux d’intérêts élevés et pétrole cher accompagnant une récession mondiale. En politique comme en tout, le temps perdu ne se rattrape jamais.

C’est pourquoi je plaide pour la modestie des promesses, afin qu’on ne vienne pas dire encore qu’elles ne sont pas tenues, parce que rendues impossibles par la conjoncture. Il faudra faire faire un état des lieux par la Cour des Comptes pour que tout soit sur la table. Et il faudra ensuite beaucoup d’imagination à nos gouvernants pour passer entre les écueils.

Daniel HOULLE

calepindh.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

Commenter cet article