«François Hollande, c'est l'homme qui n'a jamais voulu être président»

Publié le 14 Octobre 2016

Selon le psychanalyste Jean-Michel Huet, le chef de l'État est en quête perpétuelle d'amour au point de ne pas être capable de prendre une décision. Après la sortie du livre Un président ne devrait pas dire ça, le spécialiste juge également qu'il ne cherchera pas à briguer un second mandat.

 

Que révèle, selon vous, la sortie de ce livre-confession à trois mois de la primaire de la gauche, et à sept mois de la présidentielle de 2017?

Jean-Michel HUET. - Tout d'abord, je pense que ce livre est dramatique pour le président de la République. Il montre, au-delà de toutes les polémiques, qu'il est incapable de prendre une décision. Sa principale préoccupation en tant que chef de l'État est de se faire aimer. Or il y a là une contradiction. L'homme d'État, pour gouverner, ne doit pas chercher à être populaire car ses décisions, même impopulaires dans un premier temps, sont faites pour le bien de la France. Si on prive un enfant de regarder la télévision, il nous détestera. Mais, plus tard, il nous remerciera d'avoir lu des livres et de s'être cultivé. C'est ce qu'on appelle le «principe de plaisir». Or, François Hollande, même pour le bien de la France, en est incapable.

La quête d'amour du chef de l'État est donc un obstacle à son exercice du pouvoir?

Pour gouverner correctement, la quête d'amour ne doit pas être un absolu. «Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent», avait notamment écrit l'empereur romain Caligula, bien qu'il n'était pas ce qu'on pouvait appelé un gestionnaire modèle. Dans ce livre, on voit bien qu'il a des opinions bien tranchées mais il est incapable de les mettre en pratique pour ne pas être mal-aimé. Or, le paradoxe, est que le président le plus impopulaire est toujours celui qui ne prend aucune décision. Concrètement, il est dans l'acmé du «politiquement correct», que l'on entend par le fait de ne rien faire pour décevoir ses électeurs. Par ailleurs, sa personnalité même est façonnée par cette quête d'amour car François Hollande peut être quelqu'un de charmant à un moment, et complètement distant à un autre s'il ressent qu'on ne l'aime pas. Il a comme un trouble de la personnalité lorsqu'il se sent rejeté.

Il est souvent dit que le palais de l'Élysée est une «prison» dans laquelle les présidents s'isolent du reste du monde. François Hollande est-il, selon vous, déconnecté de la réalité?

Vous savez, il n'y a pas de belles prisons. L'Élysée en est une pour les chefs de l'État, et notamment pour François Hollande. Quand il dit dans Conversations privées avec le président (Éditions Albin Michel) de Karim Rissouli et Antonin André «c'est dur, plus dur que ce que j'avais imaginé», on ressent bien cette déconnexion, ce décalage. Ce n'est pas n'importe qui, il a fait l'ENA et Science Po. Il devait pourtant avoir une idée de la complexité de la tâche. On imagine bien cette phrase dans la bouche d'un Coluche qui aurait été élu président en 1981. Ce livre montre un François Hollande de plus en plus humain dans une époque où la population a besoin d'une sacralisation de la fonction présidentielle. Là encore, il y a un vrai décalage. Il est dans un déni de la réalité profondément névrosé.

Ce livre s'apparente-t-il, selon vous, à un suicide politique à quelques mois d'échéances électorales cruciales?

Très clairement. Ce n'est pas une erreur de communication, mais une façon pour cet homme de se fâcher avec tout le monde, et notamment ses électeurs. Quand on voit qu'il tire à vue sur l'institution judiciaire, dont les membres sont majoritairement à gauche, on peut dire que cela ressemble à un hara-kiri politique, conscient ou non. Selon moi, c'est une façon pour lui de ne pas se représenter à la présidentielle car il sait pertinemment que ses propos vont être repris. Il a dépassé ses compétences, et il s'en rend probablement compte. Il a montré dans le passé qu'il était un bon gestionnaire, un bon administrateur de parti, mais il n'est pas un bon président. Par ailleurs, durant son mandat, il s'est livré à plusieurs reprises à des journalistes, ce qui est potentiellement dangereux. Seulement, il en a besoin. Il est dans la névrose dans le sens où il fonce vers la digue, il en est conscient, mais ne change pas pour autant de cap pour l'éviter.

François Hollande n'était donc pas prêt pour la fonction présidentielle?

Selon moi, c'est probablement un homme qui n'a jamais voulu être président de la République. Il s'est engagé dans la primaire en 2012 par devoir, puis Dominique Strauss-Khan s'est retiré de la course à la présidentielle et il a pris un flambeau qui lui est tombé dans les mains. Bien sûr, il voulait être président comme tout le monde aimerait l'être, pour le prestige, pour les privilèges, mais il n'était sûrement pas prêt. Ce livre en est le triste aveu. Normalement, un chef d'État ne peut pas dire ce qu'il pense, mais lui a besoin d'évacuer et d'être écouté. Honnêtement, cela traduit un sentiment de malheur chez cet homme qui confie passer des soirées seul devant BFMTV en mangeant un plateau-repas.

lefigaro.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Hollande

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