Macron joue au petit chef

Publié le par LA REDACTION

Macron joue au petit chef

Le jeune monarque à la « pensée complexe » affirmée semble avoir une difficulté avec le système complexe qu’est l’État français moderne. Avec une légitimité fragile et une autorité encore complètement à construire, Emmanuel Macron pense s’en tirer avec verrouillages, autoritarisme et coups de menton. Lourde erreur.

Deux exemples viennent immédiatement l’esprit :

Imagine-t-on le chef de l’Etat humilier l’Armée française ?

Tout d’abord l’humiliation publique infligée au chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers. Le moment choisi, le choix des mots, puis la réitération dans le JDD, donne l’impression que le président a fait un caprice. En se mettant, et c’est un comble, en situation de se faire subtilement renvoyer la balle par le haut-gradé. Tout cela parce qu’Emmanuel Macron n’a pas bien saisi l’articulation des pouvoirs civils et militaires. Nous ne rentrerons pas ici dans de longs développements sur cette question très importante, nous contentant de citer un spécialiste, qui éclaire le débat : Édouard de Castelnau, chef d’état-major de l’armée française en 1915, dans une réunion fermée s’adressant à Millerand, ministre de la Guerre, devant son refus d’instaurer un commandement interallié: « C’est une dérobade pour vous soustraire à vos responsabilités, à votre tâche. Parfaitement, Monsieur le ministre, c’est comme ça. Le gouvernement a des devoirs, les militaires en ont d’autres, mais chacun les siens. Nous autres généraux nous remplissons nos fonctions qui consistent à diriger les opérations, mais le gouvernement n’assure pas son devoir qui est de conduire la guerre. »

Eh oui Monsieur le président, êtes-vous sûrs de remplir vos devoirs en laissant le ministère des Finances amputer de 860 millions d’euros le budget de la Défense, au moment où nos troupes sont dangereusement exposées à l’extérieur, et où elles doivent mener aussi un combat exténuant pour la sécurité intérieure face à la guerre que nous impose le terrorisme ?

 

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De son côté, n’est-ce pas le devoir du chef d’état-major, chargé de conduire ces opérations de demander à en disposer des moyens ? Et de le faire dans une réunion fermée du conseil de défense, puis devant une Commission de la Défense du Parlement siégeant à huis clos ? Étant entendu qu’il serait insultant au regard de l’esprit de responsabilité qu’il a toujours manifesté de penser que la fuite vienne de lui. Vous êtes effectivement, et actuellement le chef des armées Monsieur Macron, mais c’est le Parlement qui adoptera le budget. Que cela vous plaise ou non et vous devrez faire avec. Votre discours du 13 juillet à l’hôtel de Brienne est une faute républicaine.

Le rêve d’une justice aux ordres?

Le deuxième exemple est relatif à la déclaration d’Emmanuel Macron dans son discours de commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv’. Il a dit à propos du meurtre de Sarah Halimi : «Malgré les dénégations du meurtrier, la justice doit faire désormais toute la clarté sur [sa] mort ».

Je le croyais chef de l’exécutif et garant de l’indépendance de la justice. Eh bien cela ne l’empêche pas de lui donner des ordres ! Et cela pour prendre la pose, le jour de la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv’.

Je ne connais pas le contenu exact du dossier Halimi, mais j’avais été très choqué de l’attitude de la presse qui avait soumis cette affaire à un véritable black-out. Pour ne pas gêner la campagne électorale de Macron d’ailleurs. Je suis moi-même très surpris de l’absence de la qualification « antisémite », mais il est possible, sinon probable que le magistrat instructeur qui traite le dossier ait présentement des raisons d’adopter cette attitude. En tout cas, il travaille sous le contrôle des juridictions supérieures et n’a aucun ordre à recevoir d’Emmanuel Macron.

Par ici la méthode

L’actuel président de la République était la dernière personne à pouvoir prendre publiquement une telle position avec une telle formulation. J’imagine les réactions des syndicats de magistrats si Nicolas Sarkozy s’était permis ce genre de choses. Là, il n’y a pas beaucoup de risques, l’ancienne dirigeante du Syndicat de la magistrature poursuivie pour l’affaire du « mur des cons » vient de recevoir une belle promotion.

On commence à comprendre la méthode. Après avoir humilié les militaires, pour asseoir son « autorité » Emmanuel Macron s’assoit sur les principes constitutionnels et humilie également les magistrats.

Monsieur le président, ne confondez pas « chef » et « petit chef ». Il y a une très grosse différence.

Article complet de  Régis de Castelnau sur causeur.fr

 

 

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