Commandant à Viry-Châtillon, je suis en colère. Nous savions que le risque était élevé

Publié le 15 Octobre 2016

Samedi dernier, le 8 octobre, deux policiers ont été blessés grièvement dans l'attaque au cocktail Molotov à Viry-Châtillon. Policier commandant, le syndicaliste Franck D. témoigne de la réalité du terrain et pousse un coup de gueule. Selon lui, le drame aurait largement pu être évité.

Je suis commandant adjoint au service de l’ordre public de l’Essonne et je suis fortement en colère, comme la plupart des policiers du département.

 

Nous aurions pu éviter ce drame

 

Je suis en colère, parce que cette attaque violente et mortellement dangereuse, perpétrée par des délinquants sur des fonctionnaires, aurait pu être évitée. Je suis en colère, parce que la vie de notre collègue est en danger aujourd’hui, malgré nos mises en garde répétées.

 

Cela fait des années que nous tentons de prévenir ce genre de drame. Nous manquons d’effectif et nous demandons des renforts sans relâche. Nous demandons aussi la reprise des formations des policiers déployés sur le terrain ainsi que l’équipement de ces hommes.

 

Si quatre policiers ont ainsi été blessés, c’est la faute des ministres concernés et des élus, toute couleur politique confondue, et de nos supérieurs hiérarchiques. Je ne veux pas condamner ou pointer du doigt untel plutôt que l’autre. Je veux simplement que tous ceux qui sont concernés prennent leurs responsabilités.

 

Ce n’était pas un accident, mais une attaque prévisible. Nous aurions pu éviter ce drame. Pourtant, rien n’a été fait. Au contraire, tout était propice à une attaque de cette nature.

 

Ils voulaient clairement "buter du poulet"

 

Les deux policiers gravement blessés n'étaient pas familiers de la zone. Ils se sont donc postés directement là où on leur avait demandé de le faire. Ce qui les a exposé de manière directe aux délinquants de la cité d’à côté qui ont formulé à plusieurs reprises l’envie de "buter du poulet".

 

Certains politiques n’ont absolument rien compris à ce qu’il s’était passé. Il ne s’agit pas d’une zone dans laquelle les délinquants dealent uniquement. C’est avant tout une zone où ils violentent et dépouillent les automobilistes. Leurs proies favorites sont les femmes. Leur mode opératoire est assez classique : ils cassent la fenêtre avant côté siège passager et s’empare du sac à main ou des effets personnels qui y sont posés.

 

Pour lutter contre les agressions, le Directeur départemental avait mis en place dès la fin 2014 un dispositif avec des policiers en civils et des patrouilles en tenue. Pour aider cette action policière, coûteuse en effectifs, une seule caméra de surveillance a été installée. Malheureusement, elles n’étaient pas dissuasives et les crimes continuaient.

 

60 cocottes de crack et plusieurs centaines d'euros

 

Le 3 octobre 2016, le dispositif est placé en statique suite à la destruction de la caméra quelques mois auparavant. Ce dispositif n'était pas une bonne initiative en point fixe, surtout lorsque sont engagés des effectifs peu équipés et sans formation spécifique.

 

La bonne initiative est celle d'un officier qui mercredi dernier, constatant la présence importante de CRS sur site depuis l'agression et le manque d'action contre les délinquants de la cité, a déclenché une opération. Bilan : une saisie de 60 cocottes de crack et plusieurs centaines d'euros. C'est justement cela que nous demandons. Les policiers de l’Essonne veulent que l'on s'attaque aux délinquants de la Grande Borne, sans les laisser dans l'impunité.

 

Il faut dire que le contexte est spécial dans le département. Une poignée de délinquant y fait régner sa loi et terrorise impunément les citoyens. Je me souviens de cette fois, où ils avaient balancé des cocktails Molotov dans la cage d’escalier d’un immeuble de Grigny 2, lors d'un épisode de violences urbaines. Les habitants se débattaient dans une cage d'escalier pour éteindre le feu, les pompiers étant incapables d’y accéder. Des promesses de sanctions exemplaires avaient été faites par certains politiques. Au final, aucun auteur n'a été interpellé.

 

Je reproche un manque de précautions 

 

Depuis le mois de septembre, les policiers déployés à Viry-Châtillon ne sont pas toujours formés et avertis. Non. En l’occurrence samedi dernier, il s’agissait de fonctionnaires qui n’étaient pas suffisamment équipés, qui ne connaissaient pas la zone et qui étaient en sous-effectif.

 

Visiblement, nous n’avons pas appris du contexte. Il s’agit d’une accumulation d’erreurs qui auraient très largement pu être évitées.

 

Si les policiers avaient été familiers avec la zone, jamais ils ne se seraient installés à l’endroit où ils étaient. Même si c’est l’endroit qui leur avait été imposé. En connaissance de cause, ils se seraient décalés de quelques mètres, de sorte à ne pas être totalement exposés. Ainsi, ils auraient pu surveiller, tout en protégeant leurs arrières.

 

Je reproche le manque de précautions de nos supérieurs, qui avaient déjà été exprimés par des commissaires du département. Je m'interroge aussi sur la qualité et la pertinence des informations qui sont transmises au ministre de l'Intérieur par ceux qui sont censés le renseigner et le conseiller.

 

Débarrasser la cité de la délinquance qui la ronge

 

Bien sûr, cette zone est dangereuse et lorsque l’on y est policier on sait que l’on n’est jamais en sécurité. De toute façon, quel policier est en sécurité ?

 

Je n’entends jamais un de mes collègues crier qu’il n’a peur de rien et que rien ne peut l’atteindre. Ce serait d’ailleurs inquiétant. Cependant, il est possible de limiter les risques et c’est le travail des ministres concernés, par exemple, de prendre des mesures nous permettant de faire au mieux notre travail sans nous mettre totalement en danger.

 

Parce que oui, il s’agit aussi de faire notre travail. Et donc, de débarrasser la cité de la délinquance qui la ronge. Nous sommes là pour défendre les citoyens. Tous. Pour les aider à vivre dans la sécurité la plus optimale possible. Aujourd’hui, les habitants de la Grande Borne (la cité qui couvre les communes de Grigny et de Viry-Châtillon) ne dorment pas sur leurs deux oreilles et ce n’est pas normal.

 

Je suis cynique aujourd’hui en pensant aux juges du siège qui ne condamnent pas suffisamment. Peut-être est-il question de personnes dont la tranquillité ne les intéresse pas plus que ça ? Je remets en cause le désintérêt de ces magistrats pour les Zones de Sécurité Prioritaires, contrairement aux magistrats du Parquet qui ne déméritent pas. C’est un point important, qui a un impact direct sur la problématique de la Grande Borne.

 

Propos recueillis par Barbara Krief.

leplus.nouvelobs.com

 

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

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